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La psychanalyse est-elle une science ?

Dernière mise à jour : il y a 9 heures


Freud était il un scientifique par Thierry Nussberger - Psy Metz
La psychanalyse est-elle une science? auteur Thierry Nussberger - psy Metz

Cette question dans le contexte actuel des validations des psychothérapies et des offres de soins se pose comme central. Même si la psychanalyse se situe hors du champ des psychothérapies en tant qu’elle ne cherche pas prioritairement à soigner mais à accueillir un sujet en souffrance, en accordant à la position subjective une priorité de fait, la question n’en reste pas moins à traiter pour autant. Cette question de validation est liée à celle de la scientificité ou non d’une discipline. L’accréditation des psychothérapies par l’état en est une conséquence car ce qui a motivé la bataille des psys s’inaugure du souci de l’état de soumettre l’offre de soins aux exigence du marché et de la rentabilité. Les psychothérapies promettant résultat immédiat et garantie scientifique ayant ainsi la faveur de l’état. De là à se passer de méthodologie sérieuse, pour se labelliser « scientifique il n’y a qu’un pas. Ce fut le cas du rapport de l’Inserm de 2004 sur la scientificité des psychothérapies où c’est le nombre de publication comptabilisé sur un domaine qui emportait le label et non la qualité de la procèdure et de la rigueur scientifique accordé pour la validation. Quantité versus qualité !

Or la psychanalyse comme toute psychothérapie n’est pas une science expérimentale puisque il est impossible, vu son objet, de reproduire une expérience à l’identique; son domaine est de l’ordre des sciences humaines, l’être humain en est son objet. Or l’être humain a cette capacité de subjectiver sa position dans le monde, de s’y représenter imaginairement et symboliquement. Ceci est propre à chacun, singulier bien que nous possédions à peu près tous les mêmes organes. Or cette difficulté à se subjectiver est le plus souvent ce qui cause la souffrance psychique, sinon la maladie mentale, et non une aberration organique.

Si une discipline se caractérise d’être scientifique il s’en déduit logiquement que celui qui l’exerce soit lui-même un scientifique. D’où la question qui en découle : l’inventeur de la psychanalyse est-il lui-même un scientifique ? Au cas où il ne le serait pas on n’imagine mal que la théorie et la pratique qu’il a élaboré puisse dés lors avoir les qualités d’une science.

Nous allons donc dégager quatre points essentiels propre à nous orienter pour tenter de répondre à la question de la scientificité ou non de la psychanalyse.

1 - Qu’est-ce qu’une science ?

2 - les psychothérapies entrent-elles dans le champ de la science et/ou de la démarche scientifique ?

3 - Freud était-il un homme de science ?

4 - la psychanalyse est-elle une science ?


1 / QU’EST-CE QU’UNE SCIENCE ?

Une distinction tripartite s’effectue habituellement à propos des sciences :


a / Les sciences pures ou formelles ( mathématiques)


b / Les sciences de la nature


Lesquelles se répartissent en - Sciences de la vie et de l'environnement : anatomie, biologie, physiologie, médecine

- Sciences de la Terre et de l'Univers : astronomie, astrophysique,

- Sciences de la matière : physique, chimie, optique, géologie, géochimie


c / Les Sciences de l’homme : sociologie, psychologie


Une méthode scientifique doit procéder à des expérimentations rigoureuses et validées par une communauté scientifique. De cette démarche on récoltera des données qui conduiront à une théorisation permettant des prévisions qui elle -même nécessiteront d’être vérifiées par l’expérimentation et l’observation.Une théorie est invalidée lorsque les prévisions ne résistent pas à l'expérimentation. Les travaux sont ensuite soumis à une communauté scientifique.


Cette façon de définir les sciences est nuancée par la prise en compte d’autres disciplines notamment en ce qui concerne la physique quantique. En effet la présence de l’observateur au cours du procès de l’expérimentation est censée modifié l’objet même de la recherche, l’observateur étant inclus dans le procès même de l’observation. On pourra remarquer à ce propos mais sans pouvoir, faute de temps, l’argumenter plus, la correspondance remarquable avec les observations de Freud à propos du transfert et du contre transfert en psychanalyse. Comment l’analyste et l’analysant sont réciproquement affectés par la rencontre analytique.

Mais d’autre paramètres interviennent encore qui montrent en quoi il est difficile sinon impossible d’appliquer la même rigueur au procès d’observation/expérimentation dès lors qu’on se situe dans le domaine des sciences dites dures et des sciences dite molles dont les sciences humaines font partie [1] .

« Lorsqu’elles sont possibles, les expérimentations en sciences humaines et sociales rencontrent également souvent le problème de la « validité externe » de l’expérience, c’est-à-dire la représentativité à large échelle d’un dispositif expérimental mis en œuvre dans un contexte très singulier (et dont on peut parfois contester l’artificialité). Les expérimentations sur des sujets humains se caractérisent en outre en général, tout particulièrement en sciences humaines et sociales, par des biais résultant des interactions inconscientes et des interférences inaperçues entre les attentes ou les présupposés des expérimentateurs et ceux des sujets. Enfin, elles peuvent parfois poser des problèmes éthiques ou politiques »


Et pour reprendre Karl JASPERS :


Qu’est-ce que l’homme ? La physiologie étudie son corps, la psychologie étudie son âme, la sociologie l’étudie comme être social.[...] Les sciences humaines ont apporté toutes sortes de connaissances, mais non celle de l’homme dans sa totalité. [...]  En effet, l’homme peut être abordé de deux manières : comme objet de recherche scientifique et comme existence d’une liberté inaccessible à toute science. Dans le premier cas, nous parlons de l’homme comme objet ; dans le second, de la réalité impossible à objectiver que l’homme est, et qu’il approfondit quand il est vraiment conscient de lui‑même. Ce que nous pouvons savoir de lui n’est pas exhaustif ; son être, nous ne pouvons que l’éprouver à l’origine même de notre pensée et de notre action. L’homme est en principe plus que ce qu’il peut savoir de soi.[2]

2 - les psychothérapies entrent-elles dans le champ de la science et/ou de la démarche scientifique ?


On pourrait essayer de distinguer dans quel registre scientifique les différentes théories et méthodes psychothérapiques pourraient être classées. - Dans le champ des sciences expérimentales qui consiste à vérifier les hypothèses que l’on a émis par la mise en place d’un protocole d’expérimentation propre à vérifier ou invalider celles-ci on pourrait inclure les psychothérapies comportementales ou systémiques. L’expérimentateur/prescripteur du protocole qui agit sur l’objet pour obtenir des modifications est extérieur à lui, il n’a pas besoin non plus de se soumettre à l’expérimentation de ce qu’il prescrit.


- Dans le champ des sciences humaines de type « hard science » les hypothèses concernant les lois de fonctionnement ne peuvent pas être vérifiées par la mise en place d’un protocole d’expérience scientifique. La répétition de faits concordants analysés grâce à des statistiques permettent de mettre en évidence la constance de certaines lois. En psychosociologie ce sera la mise en place d’enquête, la psychologie de son côté s’appuiera sur un ensemble de tests.


- Dans le champ des sciences humaines de type « soft science » le praticien est impacté par l’objet de sa pratique, c’est à dire qu’il est dans la position de se laisser enseigner par son objet autant que lui-même puisse le faire envers son objet. Les deux seront modifier par l’expérience même de leur mise en situation de rencontre. Comme souligné plus haut cet état de fait propre au soft science se rencontre dans les sciences expérimentales en physique quantique. Pour se laisser modifier par l’expérience encore faut-il que l’expérimentateur soit en capacité de l’accepter et non en position défensive, déranger qu’il serait par un savoir qui viendrait le remettre en cause ou remettre en cause ses convictions ou ses pseudos savoirs. Ainsi parmi toutes ces disciplines seule la psychanalyse nécessite un travail sur soi pour comprendre ses propres mécanismes de défenses, et accepter d’être enseigné par celui que l’on est en charge d’accompagner.



3 - Freud était-il un homme de science ?


4 - la psychanalyse est-elle une science ?


Si nous énonçons que la psychanalyse est une science sans objet, mais une science du sujet, la question peut se poser alors de sa scientificité puisque la science repose sur l’observation et l’expérimentation à partir d’ un objet. L’être humain peut être objet de la science dans sa dimension objectivable : physique et organique mais dans sa dimension subjective il échappe à la possibilité de vérifier une hypothèse par la reproduction d’une expérience et la validation qui en découle. Il n’est pas étonnant que notre modernité qui a comme modèle un système ultra-libéral tende à réduire l’homme à de l’objectivable. L’objet on peut le réparer, on peut le conditionner, le réadapter pour qu’il puisse répondre à la demande de production. L’homme appréhende dans sa subjectivité n’est plus conforme au vœu d’un ordre mondial, n’est plus soumis au commandement du Maître. Cet homme toujours dysfonctionnera du fait que la structure de la parole auquel il est en tant que sujet aliéné fait de lui un être libre ou non de se soumettre à la loi du Maitre. Et cela ça ne se mesure pas, ça ne se quantifie pas, ça n’entre pas dans l’ordre du prévisible !

[1]Catherine Allamel-Raffin, Stéphanie Dupouy et Jean-Luc Gangloff, « Introduction. Philosopher sur l’expérimentation scientifique : bilan et perspectives », Philosophia Scientiæ, 23-2 | 2019, 5-18. [2]Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, 1950, trad. J. Hersch, Éditions 10/18, 1981.

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